NAISSANCE ET CROISSANCE DU POULAIN

La naissance d'un poulain est toujours un spectacle extraordinaire, malheureusement souvent difficile à observer car les juments mettent bas de préférence la nuit et dans un endroit bien caché quand elles le peuvent. On peut toutefois prévoir l'imminence d'une naissance lorsque les bouchons de cire qui se forment sur les mamelles de la mère quelques jours avant tombent: le poulain va arriver d'une heure à l'autre. La jument tourne alors sur elle-même, semble avoir des difficultés à se déplacer. Les antérieurs sortent en premier, suivis de la tête et du reste du corps. Les sabots du poulains ont un aspect étrange qui s'estompt très vite: ils sont en effet comme recouvert d'un tissu visqueux qui protège la mère des mouvements du poulain pendant la gestation.
Le poulain naît presque "terminé": en quelques heures il va se lever, marcher, galoper. C'est nécessaire pour échapper le plus rapidement possible à d'éventuels prédateurs. Le premier réflexe du poulain après la naissance est de chercher la mamelle de sa mère et d'absorber le précieux collostrum, le premier lait, qui contient tous les anticorps et éléments nutritifs vitaux pour le poulain. La mère quant à elle lèche son petit pour s'imprégner de son odeur. Elle rejetera par la suite tout poulain qui n'a pas cette odeur, sauf dans de très rares cas d'adoption.
Le poulain ne sait pas tout de manière innée, et l'intervention de la mère est nécessaire pour lui faire trouver les mamelles par exemple.
Quelques heures après la naissance, le placenta est éjecté par la jument.
Une théorie dite de l'empreinte stipule que le poulain est conditionné par ce qui se passe durant les premières heures de sa vie: c'est le cas pour les oiseaux. La méthode du docteur Miller consiste à profiter de cette période pour imposer au poulain les conditions de sa future vie de cheval: manipulation des pieds, du dos, de la bouche. Cependant la notion d'empreinte n'est pas chose évidente chez le cheval, car les manipulations précoces des poulains ont des effets même si on les pratique plus tard que la supposée période d'imprégnation. D'autre part il faut rester prudent car imprégner un poulain suppose l'assimilation par celui-ci de l'homme avec le cheval, ce qui peut poser des problèmes de respect par la suite.

CROISSANCE DU POULAIN

Au cours de sa première année, le poulain apprend au contact de sa mère et des autres membres du troupeau les comportements qui lui seront nécessaires dans sa vie d'adulte. A travers les jeux, ils découvre les prémisses de ce que seront sa vie sociale, sa vie sexuelle, et parfois même son futur travail de cheval au service de l'homme pour peu que son éleveur soit attaché à une méthode de manipulation juvénile en vue de l'acquisition de la confiance en l'homme.
Les premières semaines, le poulain suit sa mère de très près, et celle-ci exerce une surveillance constante, afin que personne, pas même l'étalon ne s'approche de son petit avec des intentions malveillantes. Les premières heures après la naissance, le poulain suit n'importe qui, la mère est donc d'autant plus vigilante.
La première expérience de l'indépendance se fait au cours du sevrage. A l'état naturel, il est très progressif et peu traumatisant: le poulain commence à goûter l'herbe dès l'âge d'une semaine, et tête tous les quart d'heure. Un mois plus tard, il commence à brouter plus régulièrement et tête deux fois moins souvent. Vers l'âge de quatre mois, il est capable de brouter comme un adulte, mais le lait est encore nécessaire pour son bon développement. Le poulain d'un an, au moment de la naissance d'un petit frère ou d'une petite soeur, se voit refuser l'accès aux mammelles: il est à présent capable de se nourrir tout seul. S'il n'y a pas de seconde naissance, le poulain peut têter jusqu'à 18 mois... Lorsque le sevrage est contrôlé par l'homme, il a lieu généralement plus tôt et moins progressivament: cela peut aller de trois mois à un an, et la rupture est brutale: on met le poulain et la mère dans deux prés différents. C'est alors une expérience traumatisante pour les deux.
Après le sevrage, les rapports entre la mère et le poulain changent: la jument est souvent occupée par un second poulain, et tolère moins la présence du premier. Le jeune va alors quitter le groupe familial, se joindre à une "bande de jeunes" avant de trouver sa place dans un groupe stable. Cela évite les problèmes d'inceste et de consanguinité.
Outre son attitude joueuse et vive, le poulain développe des comportements qui lui permettent d'être accepté en tant que jeune dans son groupe: on remarque notamment l'attitude de snapping, losque le poulain semble machouiller en tendant la tête. Il effectue ce geste à chaque fois qu'un cheval (ou une vache, ou un homme...) s'approche de lui , afin de lui marquer sa soumission. Ce comportement disparaît lorsque le poulain grandit, plus vite chez les mâles chez qui l'agressivité et la dominance est une condition de survie.