La fonction éthologique et animalière du cheval.
D’une manière générale, on peut dire que des centaines d’années de captivité n’ont pas effacer les principaux traits de la personnalité physique et psychologique du cheval. Son instinct grégaire est la fuite, réactions pulsionnelles à tout ce qui le surprend et ce qu’ils considère comme un danger. En effet, l’émotivité du cheval est connue de tous ceux qui ont à faire à lui, cette particularité représentant la base des conseils de sécurité lors de toute approche des chevaux.
L’unanimité se fait également en ce qui concerne l’importance de ses capacités de mémorisation, ces dernières constituant le fondement de son dressage, mais aussi de son comportement. En ce qui concerne son intelligence, il existe encore de nombreuses polémiques et des recherches plus ou moins scientifiques tentent de faire régulièrement le point sur la question ne serait-ce que pour tenter d’expliquer les apprentissages très complexes qu’il est capable de réaliser. Son besoin relationnel est réel et s’exprime au travers d’attitudes diverses : recherches du contact physique, plaisir de jouer voire même de gagner. Sa fonction vitales d’être de chair et de sang, avec des besoins vitaux, un sexe, un rythme biologique, en font un vecteur s’adressant à l’intégrité corporelle et psychique de l’individu.
Par ailleurs, aborder la relation de l’homme avec les animaux, ne peut pas se faire sans un détour sur le rapport que l’homme entretient avec sa propre animalité.
Prise métaphoriquement, l’animalité de l’homme est tout ce qui échappe à sa rationalité, à son pouvoir sur ses forces instinctive et pulsionnelles « c’est en lui-même que l’homme trouve son pire animal » explique Françoise Armengaud (Animalité et humanité 1990).
« L’animalité c’est la profondeur de l’homme, vertigineuse, une inquiétante et familière étrangeté : l’élément archaïque et ancestral, voire régressif et par la même, dévorant, enfoui et énigmatique ». Aussi, poursuit l’auteur : « surdéterminé, le concept animalité renvoie à des fascination dans le registre imaginaire, a des fascinationsdans celui de l’éthique ». C’est ce rapport à la fois bien réel et fantasmé que l’homme entretient avec l’animal qui nous interroge, et l’on peut se demander si la recherche de la maîtrise de ce dernier ne renvoie pas à la tentative de conjurer sa propre animalité
la fonction relationnelle et affective du cheval
En tant que simple animal familier, au contact des hommes, le cheval est investi affectivement. Comme les autres animaux, il participe, par sa présence muette et obligeante au développement de l’enfant, que ce soit au travers de l’apprentissage médiatisé de la vie (il est celui par qui l’expérience de la réalité est tolérable) que dans sa fonction d’étayage affectif bien connu des éducateurs. Pour ceux-ci, il est, en tant qu’animal, un partenaire précieux, relais de communication difficile, objet d’identification ou objet de transfert, support de transactions conscientes et inconsciente.
Sa fonction de portage ( holding selon le Dr Winnicott), qui lui est singulière, lui confère un statut de libérateurs des contraintes (physiques ou psychique)mais aussi de substitut maternant pour tous ceux chez qui il réactive des sensations liées à la petite enfance. En effet, le corps à corps, l’intimité créé par les mouvements rythmiques et harmonieux du cheval, la chaleur ressentie dans le corps favorise l’expression des émotions. Le fait de « l’ enfourcher » introduit des interactions complexes, liée à la fois la sexualité et au pouvoir ( on domine animal, on lui impose sa volonté).
Placé au troisième rang de préférence ( après le chien et le chat), il bénéficie d’attachement irrraisonné qui débouche quelquefois sur un investissement passionnel tenace dont on retrouve des traces chez ceux qui pratiquent les métiers du cheval. même au niveau professionnel, une relation au cheval est posée différemment de celles qui est instaurées avec les autres animaux : l’expression populaire « homme de cheval » (alors qu’il n’existe pas d’hommes de chien ou de chat) évoque un compagnonnage ancien fait d’activités communes, d’affectivité et de savoirs appris au fil du temps.
Ces savoirs sont de type particulier : à la fois savoir du cheval et savoir sur le cheval, c’est d’abord au cours d’une relation originale et uniques (le cheval et le seul animal monté dans notre civilisation occidentale) qu’il est intéressant d’analyser.